Metronome, Paris 1900_Musée de la Musique de Bâle

Perdu dans l'immensité de l'Infini, au centre de tout, au milieu de rien, flotte le métronome universel de la Vie, ce grand maître inaccessible appelé Le Temps. Abstraction dont nul n'a le pouvoir d'entrevoir les mystères sans subir ses effets, sans qu'au terme de cette découverte ne se profile la Mort comme ultime vérité.

 

Cependant, connaître le Temps c'est avant tout rencontrer la Vie, obtenir le privilège de la consommer, apprendre ses règles. C'est vibrer dans son être tout entier du miraculeux sentiment d'existence.

 

Aussi que peux-tu donc désirer de plus toi qui sais Le Temps, toi qui as accédé à la sensation de Vie ? Pourquoi chercher encore ? D'où vient ce désir qui te ronge d'accéder à l'Interdit, de découvrir - coûte que coûte - une faille dans les remparts qui protègent l'espace défendu de toute intrusion, afin de pouvoir t'y glisser ?

Sois raisonnable et prends conscience que ces murailles ne sont pas dressées devant toi dans le but de t'empêcher d'avancer, mais au contraire pour te préserver, afin de te permettre de marcher plus loin, toujours droit devant toi. Ne cherche donc pas ainsi à violer le Sacré, car en voulant profaner l'espace défendu, c'est à la découverte de ta propre finalité que tu aspire. Laisse-toi plutôt guider vers les chemins de Lumière et cesse de vouloir à tout prix atteindre l'horizon, car là-bas commence le Domaine du Vide et de l'obscurité. Ne permet pas à ta naïve curiosité de te dominer, elle n'est qu'ignorance, inconscience et danger !

 

La Vie n'est pas un jeu, tu ne la détiens pas, quel droit crois-tu avoir sur elle ? ! Le jeu… c'est toi, c'est moi, c'est nous tous, pauvres petits mortels que nous sommes, avec nos rêves fous d'éternité, nos revendications de Liberté, notre soif de pouvoir et de gloire. La Vie, Elle, est immense, puissante. La Vie seule est éternelle, et elle ne dirige, ne rassemble en son sein que des êtres de poussière ayant eux une finalité. Des fantômes de sang qui ne se rendent pas même compte que le chemin qu'ils parcourent avec plus ou moins de bonheur durant des années, n'est qu'un intervalle entre deux limites, qu'un transit entre deux univers inconnus.

 

Car nous ne sommes que des pions, de bien insignifiantes petites marionnettes dont la Vie tire les ficelles, pour jouer, jusqu'à ce que la lassitude, l'impérieux besoin de changement, ne pointe le bout de son nez. Et que fait-elle de nous alors la Vie qui ne s'amuse plus, que nous ne satisfaisons plus, la Vie qui ne rit plus en manipulant le destin de telle ou telle minuscule poupée de chair et de sang ?… Pour ma part je pense que nous le saurons bien assez tôt.