La Terre

Des questions sans réponse m'assaillent encore, parfois. Mais elles s'estompent peu à peu. Du temps maintenant s'installe, entre chaque assaut d'interrogations vaines, qui finissent par se déliter – et presque s'évanouir – à force d'obstination à remplacer les souvenirs dévastateurs par des instants palpables de douceur, d'affection partagée, de bienveillance que l'on reçoit et que l'on peut à présent rendre à nouveau.

Timide retour à moi-même.

 

J'ai retrouvé les fondations, mais la forme de mon être demeure floue. Vaste chantier où, des ruines éparpillées, il faut reconstruire les temples sacrés, ceux qui jamais n'auraient dû être pillés, démantelés.

 

Le soleil inonde tout. Bientôt l'été sera là. Je retrouve doucement la capacité de sourire. Les monstres ne m'en guettent pas moins. Ils me visitent la nuit, le jour. J'arrive néanmoins aujourd'hui à les maintenir à distance, pour que la sensation de leur présence, tapis dans l'ombre comme ils savent le faire, me laisse respirer.

 

Doucement je retrouve le goût d'aimer, je revendique cette sorte de folie qui est mienne ; celle qui, pour demeurer douce nécessite émerveillement, élans, exaltation, possibles.

 

J'ai trop longtemps vécu avec des improbables, des déchéances, des déceptions, des désespoirs, des impossibles, qui se superposaient les uns aux autres. De cette longue accumulation d'instants de négation, j'ai fini exilée de mon être profond, de ce qui me déterminait. Aujourd'hui tout est à rebâtir et je suis exténuée, déjà, par la tâche tout juste entamée.

Qu'il faut de la volonté, pour combattre l'angoisse insensée et de la détermination, pour contrer l'égarement !

Toute l'énergie qu'il me faut déployer pour me tenir debout. Reprendre ainsi mes pas mal assurés sur le chemin qui s'ouvre devant moi, au sortir d'un morceau de vie dévasté !

 

Épuisement...