Dédoublement de l'âme et du corps. André Helluin

« L'ordinaire, le commun... ah... prison pour une exaltation

Qui, contrainte, tourne en rond !

Moi qui avais le don de passion...! - il est toujours là, néanmoins, tout au fond.

Moi qui volais jusqu'au sublime et sombrais dans les plus noirs abîmes...

Mais comment donc échoue-t-on ici ?!

 

- Ah ça, mon ami... la réponse est en toi ; de même qu'elle se trouve partout dans le vaste univers. La réponse nécessaire et suffisante j'entends...

Ne t'avise pas d'espérer que je trouve solution à ton problème. Tu as porté et posé presque chaque pas qui t'ont mené là où tu te tiens aujourd'hui. Il y a "presque" car, tout de même, la vie de l'Homme est un mystère miraculeux tragi-comique...

Tiens, le libre-arbitre, par exemple, cette prise en main totalement - enfin... presque totalement - possible de son propre destin, voilà bien une vaste supercherie que ce prétendu génial cadeau !

Les Hommes, décidément, n'apprennent rien.

WELCOME ! sur l'astre noir, Monsieur Lamentation.

 

- L'astre noir ?... Hmmm... jamais entendu parler. M'éclairerez-vous au moins quant à ce que c'est au juste, cet astre noir ?

- Voilà bien une question d'Homme...!

- Euh oui... de fait.

 

- L'astre noir est un autre mystère. C'est une chimère, une chimère sans cesse modulée, remodelée par votre imaginaire collectif et ce, depuis que les Hommes ont acquis la conscience de leur propre finitude. L'astre noir grandit - en permanente expansion - de toutes vos peurs ataviques, de toutes vos joies, vos élans de tristesse, vos espoirs, raisonnables ou insensés... Enfin, pour faire bref et clair : l'Homme ressent, échafaude des plans ou s'affronte au Néant, créant ce faisant des - hmm... comment dire...? - disons comme des ponts qui viennent jusqu'ici.

Mais tout ceci serait fort long à expliquer.

- J'ai tout mon temps.

- Ah bon ?!... N'était-ce pas toi qui te plaignais à l'instant d'avoir "échoué" ici ? J'aurais cru que tu ne t'attarderais pas...

- À ce sujet, tout de même, ne pourriez-vous me dire comment je suis, euh... arrivé ici ?

 

- Une autre question ?... Te voilà plein d'audace... Mais soit, je veux bien te répondre car tu sais écouter, même si je ne suis pas très optimiste quant au fait que tu parviennes ensuite à entendre ce que je t'aurais dit.

Ainsi, prenons les choses par le début encore une fois.

L'astre noir est donc, pourrait-on dire, un monde en miroir sans cesse réinventé par les mouvements de vos âmes - et il faut comprendre que sont étroitement liés dans ce terme précis coeur, esprit et même, parfois, corps. Il peut arriver, dans les périodes de grand doute, que l'Homme qui chemine en de sombres contrées, en proie au désarroi, voie soudain son âme lui échapper ; il sent comme une folie le gagner. Et bien son âme enfuie, c'est ici qu'elle vient se réfugier. Mais cela n'arrive qu'avec les êtres qui, sans le savoir, contribuent beaucoup à l'élaboration continue de l'astre noir. En fait, il semblerait que ce soit les dimensions des après-ponts elles-mêmes qui invitent les âmes en peine et les guident à bon port. Alors, si tu es ici... c'est que vaste est ton imaginaire, et de même ta douleur.

- Je ne sais pas... je me sens surtout très vide. J'ai l'impression de sonner creux, ou bien faux... non, creux ; surtout creux ! C'est bizarre... j'ai si souvent appréhendé que cela ne finisse par arriver, et voilà ! je suis dedans... dans cet affreux néant !

- Oh oh... Doucement veux-tu ! Mesure tes propos. Ici point de néant, c'est bien tout le contraire.

- Pourtant...

- Quoi "pourtant..." ?!

- C'est qu'il fait si sombre...

- Bah oui mais c'est votre faute ça...

- Quoi ?! Moi ?... Mais qu'ai-je donc fait ?

- Eh, je n'ai pas dit de ta faute, j'ai dit de votre faute. Il faut croire que les rêves des Hommes sont bien ternes et petits depuis quelque temps... Tiens - puisque nous avons le loisir de pouvoir converser un peu - toi, par exemple, quel était-il, ton dernier rêve ?

- Oh, vous allez vous moquer...

- Me moquer ?... Moi !? Allons, sois un peu raisonnable.

- Et bien... j'ai rêvé d'un extraordinaire voyage à travers des peintures. J'ai fait comme Dorothy, je suis allé au-delà de l'arc-en-ciel.

- Mais c'est très bien ça !... Voilà ! de la couleur, du coeur qui bat ! Me moquer...!? Tss, voilà bien une maladresse de ta part, que d'avoir pensé ceci. »

 

[.../...] TO BE CONTINUED. PERHAPS !